Le conseil régional d’Aquitaine effectue ses recrutements selon le principe du CV anonyme afin de « combattre l’auto-censure des candidats » et mettre chacun à égalité avant l’entretien d’embauche, affirmant être pionnier en ce domaine parmi les collectivités territoriales.
Le conseil, qui expérimentait cette pratique depuis 2007, l’a généralisée en septembre 2008. 35 personnes ont été embauchées à ce jour au cours d’une procédure fondée sur le CV anonyme, instauré pour l’ensemble des recrutements, à l’exception des agents des lycées.
L’ »anonymisation » des CV est confiée à une société prestataire à Pau, chargée de faire disparaître nom, âge, sexe, origine géographique, références temporelles des expériences professionnelles, photo et même certains loisirs ayant une connotation masculine ou féminine trop marquée, comme le rugby ou la danse classique.
L’anonymat est levé après qu’une candidature a été retenue pour un entretien.
Après plus d’une année de mise en oeuvre, la conséquence la plus sensible concerne le nombre de réponses aux postes affichés : « on a quasiment doublé le nombre de candidats avec une trentaine pour chaque poste aujourd’hui contre une quinzaine auparavant », relève la conseillère régionale (PS) Naïma Charaï, en charge de la lutte contre les discriminations.
La généralisation du CV anonyme permet, selon l’élue, de « combattre l’auto-censure des candidats » et de « lever le frein de l’accès à l’entretien du côté de l’employeur ».
Discriminations
Agnès d’Almeida, Française d’origine sénégalaise recrutée le 1er octobre à la direction de la maîtrise d’ouvrage, y voit « une très bonne idée ». « On peut avoir un parcours professionnel extraordinaire, mais ne pas avoir la chance de pouvoir rencontrer ceux qui recrutent car un CV peut être un obstacle avec le nom, l’âge, la photo », raconte cette quadragénaire dont la couleur de peau lui a valu des remarques désobligeantes dans d’autres emplois.
Amandine Berzin, 27 ans, recrutée en janvier 2008 au conseil économique et social régional (CESR), estime que cette pratique est « d’autant plus intéressante dans le cadre d’une collectivité territoriale amenée à mener des actions contre les discriminations ». « C’est bien que, en tant qu’employeur, elle s’applique ces principes à elle-même », conclut-elle.