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Suppression de lignes TGV : la SNCF dément, les élus s’inquiètent

Avec l'AFP | 18/01/2010 | Publié dans : France

La SNCF envisage de supprimer certaines lignes TGV ou d'en réduire fortement la desserte dès la fin de l'année, pour faire face à la baisse de rentabilité de son activité grandes lignes, rapportent Les Echos dans leur édition du 18 janvier 2010. Une suppression démentie par l'entreprise.

Selon le quotidien, l’entreprise publique passe actuellement en revue l’ensemble de ses lignes à grande vitesse et prépare une refonte qui pourrait se traduire par la suppression ou la forte réduction de l’offre entre certaines destinations.

Pourraient notamment être concernées par ces mesures les axes Paris-Arras, Lille-Strasbourg et Nantes-Strasbourg, selon Les Echos. Les arbitrages définitifs seraient rendus au printemps afin que les mesures puissent être appliquées en décembre, au moment du passage au service d’hiver 2011. La SNCF souhaiterait ainsi endiguer la baisse de la profitabilité de sa branche la plus rentable, selon le quotidien, qui croit savoir qu’un TGV sur cinq perd actuellement de l’argent.

Le président Guillaume Pepy avait annoncé dès fin septembre 2009 que la SNCF afficherait des pertes sur l’ensemble de l’exercice 2009. Si le fret reste le principal foyer de pertes pour l’entreprise ferroviaire, l’activité passagers a également marqué le pas l’an passé, du fait d’une baisse du trafic.

Selon les éléments communiqués fin septembre, ce recul a toutefois concerné essentiellement le Corail, le Thalys et l’Eurostar, alors que le TGV a résisté.

Les Echos rappellent que la SNCF avait déjà réduit le nombre des trains hors des heures de pointe « pour mieux remplir les rames ».

Pas de suppression, selon la SNCF

Cependant, la SNCF dément avoir décidé la suppression de certaines lignes de TGV ou la réduction de la desserte à la fin de l’année face à la baisse de la rentabilité des lignes à grande vitesse.

Il n’y a pas de plan précis de suppression de dessertes, mais une adaptation de l’offre à la demande, a indiqué un porte-parole de la SNCF. Une première vague de reconfigurations/suppressions de dessertes, ciblées sur les relations TGV structurellement déficitaires, les intersecteurs (relation province-province, ndlr) et les flancs de pointe (trains précédant ou suivant immédiatement les heures de pointe, ndlr), était intervenue courant 2009 et donnera son plein effet en 2010, écrit la SNCF dans son projet de budget 2010 dont l’AFP s’est procuré une copie.
La Branche (Voyages SNCF) prévoit d’engager une refonte plus profonde à compter du service 2011, en particulier sur les relations Paris-Arras, Nord-Est et Est-Atlantique, poursuit-elle.

Ce genre de ‘peignage’ des liaisons, ça se fait tous les ans. Il y a une adaptation des horaires, la création de nouveaux trains, des suppressions, a expliqué le porte-parole, ajoutant qu’un ‘peignage’ beaucoup plus fin va être fait pour 2011, compte tenu des effets de la crise économique et de la hausse annoncée des péages, qui vont peser sur la rentabilité des TGV.

Les arbitrages définitifs seront rendus au printemps, afin que les mesures puissent être appliquées en décembre, au moment du passage au service d’hiver 2011. « Rien n’est encore décidé », a-t-il insisté.

Dans le cadre des réflexions en cours sur le modèle économique des TGV à plus long terme, des travaux plus poussés d’évolution de l’offre TGV sont engagés, a résumé la SNCF dans un communiqué. Ces « adaptations » éventuelles s’intègrent dans un contexte de projet d’augmentation de l’offre TGV de l’ordre de 1% en 2010 sur un total de 800 TGV en moyenne qui circulent chaque jour, selon le budget 2010 de la compagnie publique qui sera présenté le 20 janvier au conseil d’administration, a-t-elle ajouté.

Inquiètude et colère des élus

Strasbourg. Partagés entre colère et méfiance, les élus alsaciens sont montés au créneau après l’annonce d’une réduction de la desserte TGV entre Strasbourg et Lille, Bordeaux et Nantes. Fabienne Keller, sénatrice UMP du Bas-Rhin et ancienne maire de Strasbourg, a réagi avec « colère » et le sénateur-maire socialiste Roland Ries a estimé que la SNCF « n’a pas complètement démenti » l’information du journal économique.

Le président de la Région Alsace, André Reichardt (UMP), a déclaré en début de matinée que si l’information se vérifiait, « cela constituerait un casus belli » avec la SNCF.

Selon Roland Ries, « s’il y a des projets de ce genre, il faudrait que les collectivités en soient informées ». Pour l’élu, le démenti « n’est pas un démenti complet ». La SNCF déclare « qu’il n’y a pas eu de décision prise, donc il y a un démenti sur l’aspect décisionnel mais pas sur les perspectives », a-t-il estimé. Il a souhaité que la desserte de la ville, « à vocation internationale, ne soit pas détériorée » ce qui serait « un mauvais coup alors qu’on a fait des efforts financiers.

Une fois n’est pas coutume, l’élu socialiste a dit approuver Fabienne Keller pour qui la méthode de la SNCF « n’est pas acceptable ». Une refonte des dessertes qui figurent dans la déclaration d’utilité publique « n’est pas acceptable » sans une concertation approfondie avec les Régions et les métropoles concernées », selon l’élue UMP.

« Les investissements sont financés largement par les contribuables alsaciens, leur utilité doit tenir compte de cet investissement initial considérable », argumente-t-elle. La tarification « ne doit pas devenir un prétexte à la réduction du nombre de trains », d’autant plus que « le train est la manière la plus écologique de se déplacer », selon Mme Keller. La sénatrice appelle en outre la SNCF à « changer l’image et aussi la réalité tarifaire du TGV : des tarifs excessifs en particulier en fin de semaine et en heure de pointe ont découragé des utilisateurs privilégiés tels les étudiants ou les personnes travaillant régulièrement entre deux villes », critique-t-elle.

Le président du conseil régional André Reichardt (UMP) a rappelé que le bilan d’exploitation 2009 « a fait apparaître très clairement que le TGV Est résiste mieux que les autres lignes ».

Nord/Pas-de-Calais. Des élus du Nord/Pas-de-Calais ont fait part de leur émotion quant à une éventuelle réduction des liaisons TGV de la région vers Paris et l’est de la France. Le président socialiste du conseil général du Pas-de-Calais, Dominique Dupilet, a exprimé sa « stupeur » et rappelé que la ligne Paris-Arras, qui serait visée par le projet, « dessert un bassin de population d’au moins 2,5 millions d’habitants ».

« Les habitants du Pas-de-Calais n’ont pas à pâtir de la stratégie de la SNCF qui consiste à délaisser ses missions de service public au profit d’activités commerciales », a-t-il déclaré dans un communiqué. Face à l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire français, « il appartient plus que jamais à la SNCF, société 100% publique, d’assurer la desserte des lignes TGV les moins rentables », a-t-il ajouté.

Le sénateur-maire d’Arras, Jean-Marie Vanlerenberghe (MoDem), a estimé de son côté que de telles mesures « réduiraient l’attractivité de (la) ville et l’attractivité du train à grande vitesse dans la région », déplorant qu’en 2003 le nombre de liaisons entre Paris et Arras ait déjà été réduit. « Cela va à l’encontre des principes de développement durable que nous défendons et aura pour conséquences de remettre sur une autoroute A1 (Lille-Paris) déjà surchargée des usagers du train », a-t-il souligné.

Pour le député communiste du Nord Alain Bocquet, ces projets –non confirmés par la SNCF– font de la région « la variable d’ajustement de la rentabilité à toute force recherchée par la direction de la SNCF et l’Etat, au détriment des missions du service public ». « Ces nouvelles mesures doivent être abandonnées », a-t-il réclamé dans un communiqué.

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