ActualitéAUDIENCE CIVILE La commune de Terville réclame 60 millions d’euros à la Caisse d’Epargne
P. Braun | 11/03/2010 | Publié dans : Régions
L’audience du 11 mars à la chambre civile du tribunal de grande instance de Metz a retracé les déboires de la commune mosellane de 6.800 habitants qui a accumulé, de 1991 à 2001, une dette d’un montant de 120 millions de francs représentant une charge financière de 18 millions de francs par an, pour des recettes fiscales annuelles de 22 millions de francs. Maire de la commune depuis 2001, Patrick Luxembourger a engagé en 2006 une demande de dommages et intérêts à hauteur de 55 millions d’euros pour soutien abusif et défaut de conseil. Les Tervillois sont venus en nombre assister au procès opposant leur commune à la Caisse d’Epargne Lorraine Champagne-Ardenne. «Un client profane et inexpérimenté» La banque, aujourd’hui intégralement remboursée, a été a été le seul bénéficiaire de l’endettement de la commune. Nombreux sont les maires atteints de la folie des grandeurs. Mais en l’occurrence, Terville a augmenté ses impôts de 88 % en vingt ans alors même que les bâtiments publics étaient dégradés, que les employés travaillaient dans des locaux vétustes et dangereux et que les fournisseurs étaient irrégulièrement payés, martèle Maître Gérard Michel, avocat nancéien de la commune. Selon l’accusation, la Caisse d’Epargne, spécialisée dans l’accompagnement des collectivités, ne pouvait ignorer que les prêts successifs consentis à la commune (elle lui en a accordé 155 au total) servaient à financer, au mieux, ses frais de fonctionnement, et au pire, les emprunts de la dette – pratiques l’une et l’autre interdites par le code des collectivités locales. La caisse d’Epargne contre attaque Représentant de la Caisse d’Epargne, maître Guillaume Fortin, du cabinet parisien Altana, récuse vigoureusement l’existence de faute, de préjudice prouvé et de lien de causalité. La banque explique par la crise immobilière de 1990 les difficultés de la commune et estime avoir soutenu son client en rééchelonnant la dette, puis en lui accordant à intervalle régulier des prêts supplémentaires pour lui laisser de nouvelles marges de manœuvre. Contestant avoir cherché à écarter les autorités de contrôle, elle souligne que la Cour des comptes, saisie de la situation de Terville, n’a jamais évoqué d’ingérence de la banque. S’appuyant sur caisse l’arrêt de la Cour de cassation 05-21-104 en date du 29 janvier 2007, la Caisse d’Epargne affirme que le manquement de conseil ne vaut que vis-à-vis d’un public non informé, qualité que la commune, organisme public soutenu par un conseil et soumis au contrôle de légalité, ne saurait revendiquer. |