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Exclusif / Dossier tempête : mobilisations, services de réseaux, zoom sur les départements du sud-ouest et conséquences pour la filière bois

Avec l'AFP | 27/01/2009 | Publié dans : A la une - France

La tempête Klaus qui a frappé le Sud-Ouest de la France ce week-end a provoqué de très importants dégats, sans doute plus importants que ceux de la tempête jusque là historique de 1999, mais sur une étendue de territoire restreinte. Le 27 janvier, la situation revenait peu à peu à la normale. Les services et agents publics ont encore une fois été largement mobilisés pour rétablir eau, électricité et circulation. Point de la situation.

Chapitre 1 : Catastrophe naturelle, FSUE, mobilisations de solidarité : plusieurs démarches engagées

Le Premier ministre attend l’avis d’une commission technique qui devait se réunir le 27 janvier 2009 pour se prononcer sur une éventuelle déclaration d’état de catastrophe naturelle dans le Sud-Ouest. Une « réunion technique » présidée par Alain Perret, le directeur de la Sécurité civile, est prévue sur ce thème. Il en sortira un avis transmis au chef du gouvernement, à qui il reviendra ensuite de trancher. Matignon n’a pas précisé quand sa décision serait connue.

Demande de déblocage du FSUE : un milliard maximum
Dès le 26 janvier 2009, députés européens, élus locaux et gouvernement ont demandé à l’Union européenne de mobiliser le fonds de solidarité de l’Union européenne (FSUE) pour venir en aide aux régions sinistrées. En théorie, cette aide peut aller jusqu’à un milliard d’euros.

C’est aux Etats membres, et non aux régions, de demander à la Commission le déblocage de ce fonds. Le FSUE peut fournir une aide financière en cas de catastrophe naturelle, à condition que les dégâts occasionnés soit supérieurs à 3,4 milliards d’euros, ou s’ils atteignent 0,6% du PIB du pays. Si ces sommes sont atteintes, «cette aide sera alors affectée au remboursement du coût de mesures d’urgence menées par les autorités publiques telles que les opérations de sauvetage, le nettoyage des zones sinistrées, la remise en état des infrastructures de base et la mise à disposition de logements temporaires», précise la Commission.

Le 26 janvier à Bruxelles, le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Bruno Lemaire, a également demandé à la Commission la mobilisation de ce fonds d’urgence.
Dans les jours à venir, si Bruxelles répond favorablement à la demande de Paris, la Commission décidera du montant de chaque aide et soumettra sa proposition au Parlement européen et au Conseil. Dans tous les cas, l’aide octroyée ne peut dépasser 1 milliard d’euros. L’aide sera alors payée en une fois, après la signature d’un accord de mise en oeuvre avec la France.

L’AMF solidaire
L’Association des maires de France (AMF), exprime, dans un communiqué du 27 janvier 2009 son entière solidarité aux maires et aux habitants des communes frappés par la tempête et invite ses adhérents, qui souhaiteraient exprimer leur solidarité en apportant une aide aux communes sinistrées, à prendre, d’ores et déjà, contact avec leur association départementale.

En Midi-Pyrénées, proposition de vote d’une aide d’un million d’euros
Martin Malvy, le président du conseil régional de Midi-Pyrénées (PS), a annoncé le 27 janvier 2009 qu’il proposera à la commission permanente de l’assemblée régionale de voter une aide d’urgence d’un million d’euros « pour les communes ayant subi des dommages sur le domaine public » lors de la tempête hivernale Klaus.
L’adoption de cette aide devrait intervenir lors de la prochaine réunion de la commission le 5 février, a-t-on indiqué auprès du conseil régional. « Nous le ferons selon les critères que nous nous sommes fixés depuis quelques années pour les cas de catastrophe naturelle », a ajouté Martin Malvy. « C’est la raison pour laquelle il est essentiel que le gouvernement reconnaisse rapidement l’état de catastrophe naturelle partout où il y a eu sinistre », a souligné le président de région.

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Chapitre 2 : Remise en route progressive des services de réseaux

Quelque 276.000 foyers étaient toujours privés d’électricité le 27 janvier 2009 en fin de matinée dans les départements touchés par la tempête. Sur les 1,5 millions d’habitants desservis dans le sud-ouest par la Saur, société de distribution, 10.000 abonnés ont subi une coupure.

Electricité : retour à la normale le 29 janvier
Le président de Réseau de transport d’électricité (RTE), Dominique Maillard, a indiqué le 27 janvier que « 90% des postes de transformation étaient remis en service » et prévoit un retour à la normale pour le 29 janvier 2009. Le président de l’entreprise qui a la charge du transport de l’électricité sous très haute tension ou haute tension a précisé que 80 postes de transformation avaient été « perdus dans la tempête », 25 dans la seule de région de Morcenx (Landes), secteur le plus touché.
Douze postes de transformation restent à remettre en service, opération qui devrait être réalisé d’ici au 29 janvier, a précisé Dominique Maillard.
Le président a indiqué qu’il restait à rétablir les liaisons basse et moyenne tension, domaine de la société ERDF, filiale à 100% d’EDF, qui connecte les usagers au réseau.
Le président de RTE a indiqué que deux fois moins de lignes avaient été endommagées que lors de la tempête de 1999, et trois fois moins de postes.

Télécoms perturbés
En Midi-Pyrénées, outre l’absence d’électricité, quelque 50.000 abonnés n’avaient pas, le 26 janvier 2009 au soir, accès au téléphone fixe ou mobile, selon l’un des opérateurs, France Télécom Orange.
En Languedoc-Roussillon, France Telecom, qui mobilise pour les réparations 300 technicien, annonçait le 26 janvier à 11 heures avoir remis en service les deux tiers des 120.000 clients privés de téléphone dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales. Mais 37.000 lignes étaient encore coupées et 52 relais Orange interrompus (168 dimanche).
En Aquitaine, 60.000 lignes fixes sont encore inopérantes, ainsi que 40 des 200 pylônes de téléphonie mobile.
Dans les départements de Dordogne et Lot-et-Garonne, sur 121 relais-mobile, 35 restent hors service. Plus de 5.000 abonnés restent sans téléphone filaire.

Eau potable : fin des coupures le 27 janvier
La distribution de l’eau potable dans le sud-ouest, également perturbée après la tempête est redevenue normale le 27 janvier 2009, a annoncé la société de distribution Saur.
Les sociétés de distribution Veolia et Suez avaient annoncé dès le 26 janvier un retour à la normale de la distribution d’eau potable sur leurs réseaux du sud-ouest, dès le soir même pour la première et le 27 janvier au matin pour la seconde.

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Chapitre 3 : Zoom sur le Sud-Ouest

Languedoc-Roussillon : le gros point noir reste la réparation de la ligne à très haute tension

Des records de vent ont été battus durant la tempête dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales (160 km/h à Narbonne, 192 km/h à Formiguères).
Le gros point noir reste la réparation de la ligne à très haute tension (400.000 volts) Baixas-Gaudière, qui traverse les Pyrénées-Orientales et alimente la zone de Perpignan. Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité tentait le 26 janvier 2009 d’acheminer sur place une ligne provisoire. La ligne THT alimente non seulement les foyers des Pyrénées-Orientales, mais aussi les caténaires Sncf, qui n’ont pas assez de «jus» pour fonctionner, alors que les agents SNCF ont dégagé toutes les voies.
La liaison ferroviaire Narbonne-Perpignan, et plus loin vers Cerbère, n’est donc pas revenue à la normale le 26 janvier et la SNCF affirme ne pas avoir la visibilité pour pouvoir annoncer de calendrier. Elle négocie auprès de RTE des volumes d’alimentation électrique pour faire circuler quelques trains et a mis en place des bus de remplacement.

Les services techniques des collectivités locales sont eux aussi mobilisés, notamment par les dégagements des arbres déracinés et les vérifications de l’état des bâtiments publics. Dans l’Aude, 200 agents du conseil général étaient sur le pont, tout comme 200 sapeurs-pompiers. Dix communes audoises, dont Castelnaudary, avaient des problèmes d’alimentation en eau.
Vingt-quatre établissements scolaires étaient fermés le 26 janvier 2009 dans l’Aude, la totalité dans les Pyrénées-Orientales. Les stations de ski pyrénéennes, souvent gérées par des régies municipales, ont été malmenées : Les Angles, Formiguères et Puyvalador ont été fermées le 25 janvier. Le maire des Angles évalue les dégâts sur les équipements communaux à plus de deux millions d’euros…

Enfin, dans l’Aude, un élu et un agent territorial ont été blessés : à Narbonne, la voiture de deux employés municipaux a été détruite le 24 janvier par la chute d’un bloc de pierre de l’hôtel de ville et un employé municipal touché sans gravité. Dans le Lauragais, un adjoint au maire de la commune de Peyrens a subi deux fractures à la jambe en voulant dégager un arbre avec des employés municipaux.

Aquitaine

  • En Dordogne et Lot-et-Garonne : situation encore tendue

Dans le Lot, la situation est revenue, le 27 janvier au matin, à la normale après un pic le 24 janvier avec 23.000 foyers privés d’électricité. La préfecture du Lot a ainsi fermé la cellule de crise dès le 24 janvier. Pour la première fois depuis sa création, le conseil général du Lot a mis en place sa propre cellule de crise pour surveiller l’état des routes, dont certaines étaient inondées. Le 26 janvier 2009, ses équipes avaient fini de nettoyer les routes départementales. Plus aucune voie de circulation n’est barrée.
En Dordogne et en Lot-et-Garonne, la situation n’est pas revenue à la normale et les cellules de crise sont encore opérationnelles.
Dans les principales agglomérations de la Dordogne, Bergerac et Périgueux notamment, tout est rentré dans l’ordre. Mais sur 250.000 foyers, 25.000 restent encore privés d’électricité.

Le trafic ferroviaire interrompu reprend progressivement sur les lignes principales. Sept routes du réseau secondaire départemental restent coupées.
Enfin, en raison des risques d’inondations de la Garonne dans la région de Marmande, les routes restent coupées dans cette partie sud-ouest du département. La préfecture a donc maintenu la vigilance jaune.
Le 26 janvier, la préfecture avait décrété la fermeture de tous les établissements scolaires lundi. Le 27 janvier, deux n’ouvriront pas faute d’alimentation en eau et en électricité.
Dans la partie landaise du département fortement touchée par la tempête, la préfecture interdit l’accès des routes et pistes forestières. Dans le reste du département, l’ensemble du réseau est désormais dégagé.

  • La Gironde et les Landes parmi les plus touchés

Plusieurs collèges ont été endommagés dans les deux départements. En Gironde, 13 d’entre eux et deux lycées, tous en milieu rural, étaient toujours fermés le 27 janvier, mais le ramassage scolaire opérationnel. Dans les Landes, le ramassage scolaire n’a pas eu lieu le 27 janvier.

Autre conséquence naturelle de la tempête : des crues sont attendues dans plusieurs villes girondines et landaises à proximité d’affluents de la Garonne ou de la Dordogne. Certaines communes sont déjà touchées comme La Réole ou Tonneins en Gironde, avec des routes coupées. La préfecture de Gironde a d’ailleurs activé, le 26 janvier, une cellule de crise pour les risques d’inondation.

De manière générale, le conseil général de la Gironde a demandé à 150 agents d’intervenir tout le week-end, avec des binômes pompiers-techniciens des centres routiers pour dégager les routes et faire des diagnostics. Des techniciens responsables par secteurs sont également allés constater les dégâts éventuels dans les maisons de retraite, Epahd, centres de jeunes du département. Au conseil général des Landes, la mobilisation a été encore plus importante.

Sur le plan des infrastructures ferroviaires, 1.500 km de voies ont été touchées au total, la plupart se situant en Aquitaine. Le 27 janvier, plusieurs lignes de TER étaient encore fermées au départ de Bordeaux à cause des chutes d’arbres et la circulation des trains était interdite dans les Landes. Cinq cents cheminots dont 200 dans les Landes sont sur le terrain pour dégager arbres, débris, train de fret bloqué à Morcenx (Landes) et rétablir les caténaires arrachées.
Guillaume Pepy, président de la SNCF, venu le 25 janvier constater les dégâts à Morcenx dans les Landes, a confirmé «des dégâts extraordinaires où il va falloir parfois reconstruire».
Dans les deux préfectures, la cellule de crise a été activée dès 4h30, le 24 janvier au matin. Dans les Landes, plus d’un millier de personnes ont procédé au déblaiement des routes nécessaire au rétablissement de l’électricité, et à l’assistance aux personnes. Les unités de la sécurité civiles dépêchées par le ministère de l’Intérieur étaient également présentes dès samedi. Depuis le 27 janvier au matin, les 610 km de réseau de première catégorie (nationales) sont tous ouverts. Les 930 km de seconde catégorie (ex-départementales) sont ouverts à 100%, mais de nombreuses sections sont circulables sur une seule voie. Le reste du réseau est globalement ouvert, le plus souvent sur une seule voie, avec des conditions encore dangereuses.

Comme annoncé par le président de la République, 750 militaires ont été déployés en Gironde et dans les Landes : à Biscarosse, Dax et Mont-de-Marsan. Leur mission prioritaire consiste à dégager les itinéraires. Au total, 1.000 hommes sont actuellement déployés sur les neuf départements touchés par la tempête.

Toutes les communes situées dans la zone «alerte rouge» définie par Météo France, prévenues dès le 22 janvier par un bulletin météo spécial, ont pu s’organiser et mobiliser leur personnel dans la nuit du 23 au 24 janvier. La plupart ont demandé à tous leurs agents de voirie, des espaces verts, à la police municipale, d’être prêts à intervenir.
Les agents des deux Sdis étaient également prêts à intervenir dès le 23 janvier au soir et sont toujours sur le terrain dont 700 en Gironde.

A Bordeaux, les dégâts sont plus limités qu’en 1999 mais les espaces verts restent les plus touchés : plus de 400 arbres sont détruits dans les parcs et jardins et sur les voies de circulation. Les deux principaux espaces verts – le Jardin Public et le Parc Bordelais – restent fermés jusqu’à nouvel ordre, faute de temps pour l’élagage voire le débitage. Les 240 agents de ce service étaient mobilisés depuis vendredi soir : ils ont avant tout sécurisé les espaces publics de voirie (arbres et mobilier urbain sur les chaussées, toitures ou échafaudages fragilisés, etc).
Deux écoles sur 98 ne rouvriront pas avant le 28 janvier. La direction des espaces verts de la ville a décidé de mettre à disposition une équipe de 16 élagueurs chargés de prêter main forte à EDF à Bazas et dans le nord des Landes. La ville doit également prêter plusieurs véhicules, camions nacelle et tractopelles.

L’Association des maires de Gironde, a monté dans l’urgence, une plate-forme téléphonique et Internet (amg-solidarite@live.fr) de coordination des moyens techniques, opérationnelle depuis le 26 janvier. L’objectif est de recueillir les besoins des communes sinistrées en camions, tronçonneuses, matériels divers, etc., et de les mettre en relation avec d’autres communes qui ont des moyens humains et matériels disponibles. Des dizaines de communes auraient déjà appelées.
A la communauté urbaine de Bordeaux (CUB), 110 agents dans les circonscriptions de voirie et à la direction des moyens généraux ont été mobilisés dès samedi matin. Tout le week-end, les services de la communauté urbaine de Bordeaux étaient sur le terrain pour faire face aux dégâts causés par la tempête avec plus de 200 interventions le 24 janvier, 150 le 25. Résultat : à l’exception de certaines situations (parcs-cimetières toujours fermés et quelques feux tricolores hors service), tous les services gérés par la CUB ont fonctionné dès le 26 janvier.

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Chapitre 4 : Facture salée pour la filière bois

Les sylviculteurs aquitains, qui se remettent à peine des conséquences de la tempête de 1999, avaient de quoi être découragé face au paysage de désolation laissé par la tempête.
Le ministre de l’Agriculture Michel Barnier devait recevoir le 27 janvier à 16h à Paris tous les acteurs concernés par la filière bois.
Selon des premières estimations, en Aquitaine, la puissance de la tempête aurait mis à terre près de 250.000 hectares de bois dans les Landes, du pin maritime en grande majorité, soit la moitié de la surface sylvicole landaise. Et 50.000 en Gironde. Le total est supérieur aux 238.000 hectares d’arbres détruits en 1999.
D’ailleurs, le plan chablis n’est pas encore soldé : reste 35.000 hectares de reboisement qui ne sont toujours pas réalisés. Mais à la différence de cette époque, la forêt médocaine a été moins touchée et le sud-Gironde beaucoup plus. Chaque préfecture a pris un arrêté préfectoral pour interdire toute circulation de loisirs en forêts.

Le pin maritime, essence la plus touchée
«Après une très mauvaise année 2008, l’abondance du bois abattu risque d’avoir des conséquences sur les cours du bois et les revenus des communes qui auront du mal à boucler leurs budgets 2009», craint Charles Dereix, le directeur de la Fédération nationale des communes forestières interrogé le 26 janvier par la Gazette des communes. «Aujourd’hui, nous ne pouvons évaluer les conséquences pour l’ensemble des communes forestières. Mais il semblerait que le pin maritime soit l’essence la plus touchée», a-t-il précisé.
Charles Dereix indique que la fédération réfléchit déjà aux débouchés nouveaux qu’elle pourrait trouver dans le bois énergie ou dans le développement de filières plus traditionnelles comme celle de la papèterie. «Les communes forestières dans tous les massifs devront sans doute adapter leur stratégie par rapport à cette nouvelle donne», a-t-il conclut.

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